Mercredi 21 octobre 2009 3 21 /10 /2009 11:23
Quand un "recruteur de donateurs" vous demande votre RIB pour mettre en place un prélèvement mensuel, il faut près d’un an avant que l’association touche son premier euro. L’argent de vos 10 à 12 premiers versements, en effet, ne va nullement à la cause soutenue mais dans les caisses de la société qui fait travailler les recruteurs.
Pour les besoins de son enquête, l'auteur, Marc Reidiboym, s'est fait enrôler par cette entreprise spécialisée qui vend ses services aux associations. L'objectif : aller à la rencontre des passants dans les rues des grandes villes et les convaincre de signer une autorisation de prélèvement bancaire pour la Croix-Rouge, Médecins du monde, Aides ou Handicap international.

Derrière une éthique de façade, cette société cache un souci d’efficacité et des techniques dignes d’une entreprise de démarchage à domicile. L’auteur a vécu de l’intérieur la vie d’un « recruteur de donateurs Â». Il raconte par le menu les méthodes employées pour obtenir coûte que coûte la signature et le relevé d’identité bancaire de passants crédules.

Morceaux choisis :

« Dans la rue, il n’y a pas de délai de réflexion. Tu dois faire signer les gens tout de suite. Ils ont bien compris qu’on est là pour leur demander de l’argent. Inutile de tergiverser en leur parlant de renseignements complémentaires, de visite du site Internet, etc. Â»

« En moyenne, une personne qui signe et ne se désiste pas dans la foulée maintient son prélèvement bancaire pendant… 5 ans ! C’est l’une des clés du « marketing de rue Â» : une fois recruté, le donateur s’avère très fidèle. Même s’il n’adhère plus tout à fait aux valeurs de l’association Â».

« Tu ne dois pas confondre recruteur de donateurs et militant : si quelqu’un manifeste une hostilité viscérale à l’égard de la Croix-Rouge ou des associations caritatives en général, n’insiste pas. Il vaut mieux passer à quelqu’un d’autre. Nous n’avons pas la prétention de changer les mentalités. Notre rôle est de multiplier les contacts pour maximiser nos chances de trouver des donateurs. Nous sommes des chercheurs d’or, pas des alchimistes, nous ne cherchons pas à changer le plomb en or. Â» 

« Dans la rue, ne vous mettez pas en situation d’infériorité. Les gens ne doivent pas s’arrêter par pitié à votre égard. Moi, je considère toujours qu’ils ont de la chance de me rencontrer. Je leur offre la possibilité de changer d’état d’esprit, d’être un peu moins égoïstes. S’ils ne veulent pas saisir cette chance, après tout, tant pis pour eux ! Â»
Par Bertrand Gobin
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L'AUTEUR

Marc Reidiboym, 41 ans, est journaliste indépendant. Il enquête et écrit depuis une quinzaine d’années pour la presse économique. Il publie ici son premier ouvrage.

NOTE DE L'EDITEUR

Publier un ouvrage critique sur les grandes associations nuit-il aux causes qu'elles défendent ? Lever le voile sur des méthodes discutables et braquer le projecteur sur les dysfonctionnements pourrait-il ...     lire la suite...
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